Guerre d'Algérie

Guerre d’Algérie

Les mots pour la dire

(Disponible en numérique)

C’est un lieu commun que les relais médiatiques et les commentateurs pressés manient encore avec gourmandise : la guerre dite d’Algérie aurait été une « guerre sans nom ». Dès l’origine, ce conflit a mobilisé des termes très divers visant à masquer la guerre derrière une prétendue « affaire intérieure » : dire ou écrire « événements », « pacification », « maintien de l’ordre », « opérations de police », ce n’est pas la même chose que de dire ou écrire « révolution », « guerre d’indépendance », « guerre de libération ». Pour chacune de ces options verbales, quels locuteurs, quand, où, pourquoi ? Quelle valeur d’usage ? Les textes rassemblés ici émanent d’universitaires, d’intellectuels, d’artistes : Étienne Balibar, Mathieu Belezi, Slimane Benaïssa, Messaoud Benyoucef, Catherine Brun, Jean Daniel, Daho Djerbal, Fatima Gallaire, Jeanyves Guérin, Jacques Guilhaumou, Pierre Guyotat, Julien Hage, Daniel Lançon, Francine Mazière, Gilbert Meynier, Edgar Morin, Bernard Noël, Nathalie Quintane, Régine Robin, Todd Shepard, Pierre Vermeren. Ils s’attachent à penser la charge souvent brutale, toujours vive, de termes dévoyés, de silences subis, d’abus de langage. Ils manifestent la diversité et la concurrence de désignations irréductibles et irréconciliables. Ils dénoncent les unanimismes de façade. Ils récusent les réductions et les simplifications consensuelles. Ils lient cette histoire et notre présent.

  • Catherine Brun

    Est professeur de littérature à la Sorbonne Nouvelle-Paris 3. Elle a dirigé Guerre d’Algérie.

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9782271079923
02/10/2014
327
x cm

« La montée de la violence résulte aussi de l’incroyable déni que la société française a entretenu pour ne pas voir et ne pas nommer la « guerre d’indépendance ». L’aveuglement, c’est le sujet du passionnant ouvrage collectif dirigé par Catherine Brun. »

Denis Sieffert, Politis, 30 octobre – 5 novembre 2014

« Le nouvel ouvrage sur une guerre qui a été aussi d’ordre linguistique, une guerre de l’écrit. Les textes rassemblés émanent d’universitaires, d’intellectuels et d’artistes, connus et/ou reconnus, et apportent des éclaircissements d’une guerre et ses désignations-dénominations, irrémédiablement antagonistes en temps de guerre, longtemps irréconcialiables en temps de paix. »

Hachemi Aït Mansour, L’Ivrescq, janvier 2015

« On découvrira également avec grand intérêt la confrontation des pensées d’historiens, de philosophes, d’essayistes, de littéraires et de linguistes convertis à la « transversalité des approches » (Daho Djerbal). Le riche dialogue instauré autour des « mots pour dire » la guerre d’Algérie montre la nécessité de déconstruire les références instaurées en particulier par la relation coloniale pour participer, outillés de nouveaux paradigmes, à « l’invention d’un savoir de soi qui, comme tel, n’a jamais existé » (Edgar Morin). On le voit, ce retour sur les mots de l’histoire a l’ambition d’une étude fondamentale dont l’historiographie de la guerre d’Algérie ne saurait
désormais se passer. »

Catherine Milkovitch-Rioux, Vingtième siècle, avril-juin 2015.

« Cet ouvrage éclectique et un brin disparate entend faire le point sur le vocabulaire usité pendant et après la guerre d’Algérie. La « dégradation du langage » dénoncée en 1960 par Bernard Dort mérite en effet une attention scientifique. « Comment prendre langue, comment s’entendre, quand une exécution devient ‘corvée de bois’ et que la revendication résistante est disputée ? » (Catherine Brun) Le mot «révolution» peut, lui aussi, subir un examen. […] Par ses multiples approches, l’ouvrage souhaite « restaurer un socle commun qui autorise les échanges ». Pour l’instant, la « colère » (Mathieu Belezi) demeure devant un certain discours qui persiste depuis la loi – avortée – de février 2005 et son insistance sur les « aspects positifs » de la colonisation. Ce sont par conséquent les différentes acceptions de ce terme même qu’il faudrait interroger afin de poser avec solidité les bases d’une lecture convergente du réel. »

Anne Mathieu, Le Monde diplomatique, juin 2015.

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